Alexandre FrechAvocat en droit du travail à Paris

Foire aux questions

Questions fréquentes,
réponses directes.

Quatre-vingts questions et réponses sourcées sur le droit du travail français, à l’usage des employeurs, des salariés, des dirigeants et des représentants du personnel. Chaque réponse cite les fondements légaux et, lorsque la notion est d’origine prétorienne, la jurisprudence pivot. Ces réponses ne constituent pas un conseil juridique personnalisé.

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Rupture du contrat.

17 questions

Comment se déroule une rupture conventionnelle ?
La rupture conventionnelle est un mode de rupture du CDI d’un commun accord entre l’employeur et le salarié. Elle suppose au moins un entretien (le salarié peut se faire assister), la signature d’une convention écrite fixant la date de rupture et l’indemnité, un délai de rétractation de 15 jours calendaires à compter du lendemain de la signature, puis une demande d’homologation à la Dreets qui dispose de 15 jours ouvrables pour valider. Le silence vaut homologation. L’indemnité ne peut être inférieure à l’indemnité légale de licenciement (voire conventionnelle, selon la branche) et la rupture ouvre droit à l’assurance chômage.Article L.1237-11 et suivants du code du travail · Article L.1237-13 du code du travail (délai de rétractation)Expertise liée : Licenciement & rupturePage dédiée à cette question
Quel est le délai de rétractation après signature d'une rupture conventionnelle ?
Le délai de rétractation est de 15 jours calendaires (week-ends et jours fériés inclus). Il commence à courir le lendemain de la signature de la convention et, s’il expire un samedi, un dimanche ou un jour férié ou chômé, il est prorogé jusqu’au premier jour ouvrable suivant. Pendant ce délai, chacune des parties peut se rétracter par lettre recommandée ou tout autre moyen permettant d’attester d’une date certaine de réception ; il suffit que la lettre soit adressée avant l’expiration du délai, même si elle est reçue après. Ce n’est qu’à l’expiration de ce délai que la convention peut être transmise à la Dreets pour homologation. Une rétractation pendant le délai n’a pas à être motivée : la convention est privée d’effet et le contrat de travail se poursuit. La Dreets dispose ensuite de 15 jours ouvrables pour homologuer la convention ; son silence vaut homologation.Article L.1237-13 du code du travail · Article L.1237-14 du code du travail · Article R.1231-1 du code du travail · Cour de cassation, chambre sociale, 19 juin 2019, n°18-22.897, inéditPage dédiée à cette question
Comment est calculée l'indemnité légale de licenciement ?
L’indemnité légale est due à condition d’une ancienneté ininterrompue d’au moins 8 mois (sauf faute grave ou lourde). Elle est calculée sur la base d’un quart de mois de salaire par année d’ancienneté pour les dix premières années, puis d’un tiers de mois par année au-delà. Les fractions d’année sont prises en compte au prorata. Le salaire de référence est, selon la formule la plus avantageuse pour le salarié, la moyenne des 12 derniers mois (ou de tous les mois précédant le licenciement si l’ancienneté est inférieure à 12 mois) ou le tiers des 3 derniers mois, les primes annuelles ou exceptionnelles étant alors prises en compte à due proportion. Une convention collective peut prévoir un montant supérieur, qui s’applique alors par principe de faveur.Article L.1234-9 du code du travail · Article R.1234-2 du code du travail · Article R.1234-4 du code du travail (salaire de référence)Page dédiée à cette question
Mon licenciement est-il justifié ? Qu'est-ce qu'une cause réelle et sérieuse ?
Tout licenciement doit reposer sur une cause réelle et sérieuse. Réelle : existante, objective, vérifiable. Sérieuse : suffisamment grave pour justifier la rupture. Le contrôle est exercé par le conseil de prud’hommes au regard des pièces produites par les parties. À défaut, le licenciement est jugé sans cause réelle et sérieuse et ouvre droit, en plus de l’indemnité légale ou conventionnelle, à l’indemnité du barème dit Macron. L’analyse suppose en pratique l’examen de la lettre de licenciement, du dossier disciplinaire et de la procédure suivie.Article L.1232-1 du code du travail (motif personnel) · Article L.1233-2 du code du travail (motif économique) · Article L.1235-3 du code du travail (barème Macron)Expertise liée : Licenciement & rupturePage dédiée à cette question
Faute simple, grave, lourde : quelle différence ?
La faute simple est un manquement justifiant le licenciement disciplinaire sans empêcher le maintien pendant le préavis : indemnité légale et indemnité compensatrice de préavis conservées. La faute grave rend impossible le maintien pendant le préavis : elle prive le salarié de l’indemnité de licenciement et de l’indemnité compensatrice de préavis (mais non des congés payés). La faute lourde, plus rare, suppose l’intention de nuire ; elle n’a depuis 2016 plus d’impact sur les congés payés mais peut engager la responsabilité civile du salarié.Article L.1234-1 du code du travail · Article L.1234-5 du code du travail · Article L.1234-9 du code du travail · Article L.3141-28 du code du travail · Cour de cassation, chambre sociale, 27 septembre 2007, n°06-43.867, publié au Bulletin · Cour de cassation, chambre sociale, 22 octobre 2015, n°14-11.291, publié au Bulletin · Cour de cassation, chambre sociale, 6 mai 2025, n°23-13.302, inédit · Conseil constitutionnel, décision n°2015-523 QPC du 2 mars 2016 (congés payés faute lourde)Expertise liée : Licenciement & rupture · Discipline & enquêtes internesPage dédiée à cette question
Comment contester un licenciement et dans quel délai ?
La contestation se fait par saisine du conseil de prud’hommes dans un délai de 12 mois à compter de la notification du licenciement. Ce délai ne s’applique pas lorsque le licenciement est contesté comme discriminatoire (5 ans à compter de la révélation de la discrimination, article L.1134-5) ou lié à un harcèlement moral ou sexuel, ni aux rappels de salaire (3 ans). Pour un licenciement économique, le délai de 12 mois peut courir de la dernière réunion du CSE lorsque la contestation porte sur la procédure collective (article L.1235-7) ; en cas d’adhésion au contrat de sécurisation professionnelle, il court à compter de l’adhésion (article L.1233-67). La saisine donne lieu à une contribution pour l’aide juridique de 50 euros, due par la partie qui introduit l’instance sauf aide juridictionnelle (article 1635 bis Q du code général des impôts). Le conseil compétent est en principe celui du lieu de l’établissement où le travail est accompli, ou du domicile du salarié qui travaille hors de tout établissement ; le salarié peut aussi saisir celui du lieu d’engagement ou du lieu où l’employeur est établi (article R.1412-1). En principe, la conciliation devant le bureau de conciliation et d’orientation précède la phase de jugement ; certaines demandes sont portées directement devant le bureau de jugement (requalification d’un CDD, prise d’acte, contestation d’une présomption de démission). La constitution d’un dossier suppose en pratique l’analyse de la lettre de licenciement, des pièces, du déroulement de la procédure et des éléments objectifs étrangers au motif allégué.Article L.1471-1 du code du travail · Article L.1134-5 du code du travail · Article L.1235-7 du code du travail · Article L.1233-67 du code du travail · Article R.1412-1 du code du travail · Article R.1452-1 et suivants du code du travail · Article 1635 bis Q du code général des impôtsExpertise liée : Licenciement & rupture · Contentieux & urgencesPage dédiée à cette question
Qu'est-ce qu'une prise d'acte de la rupture ?
La prise d’acte est un mode de rupture par lequel le salarié, reprochant à l’employeur des manquements suffisamment graves pour empêcher la poursuite du contrat de travail, met fin unilatéralement au contrat aux torts de ce dernier. Le juge prud’homal vérifie ensuite la réalité et la gravité des manquements : si la prise d’acte est justifiée, elle produit les effets d’un licenciement sans cause réelle et sérieuse (ou nul) ; à défaut, elle produit les effets d’une démission. La voie est risquée : elle suppose un dossier solide.Cour de cassation, chambre sociale, 25 juin 2003, n°01-42.679, publié au Bulletin · Cour de cassation, chambre sociale, 26 mars 2014, n°12-23.634, publié au BulletinExpertise liée : Licenciement & rupturePage dédiée à cette question
Quelle est la différence entre démission et abandon de poste depuis 2023 ?
Depuis la loi du 21 décembre 2022 et le décret du 17 avril 2023, le salarié qui abandonne volontairement son poste et ne reprend pas le travail malgré une mise en demeure est présumé démissionnaire. Le délai de reprise fixé par la mise en demeure ne peut être inférieur à quinze jours (article R.1237-13), et la mise en demeure doit informer le salarié des conséquences d’une absence de reprise sans motif légitime (CE, 18 déc. 2024, n°473640). La présomption peut être renversée si le salarié justifie son absence (raisons médicales, droit de retrait, exercice du droit de grève, etc.). À défaut, l’employeur n’a plus à engager de procédure de licenciement, ce qui prive le salarié de l’allocation chômage. La démission, à l’inverse, est un acte unilatéral exprès supposant une volonté claire et non équivoque.Article L.1237-1-1 du code du travail · Décret n°2023-275 du 17 avril 2023 · Article R.1237-13 du code du travail · Conseil d'État, 18 décembre 2024, n°473640, mentionné aux tables du recueil Lebon · Cour de cassation, chambre sociale, 9 mai 2007, n°05-40.518, publié au Bulletin (définition de la démission)Page dédiée à cette question
Combien puis-je toucher aux prud'hommes en cas de licenciement abusif ?
Si le licenciement est sans cause réelle et sérieuse, le juge alloue une indemnité dans la fourchette du barème Macron (L. 1235-3). Le minimum varie de 0 à 3 mois selon l’ancienneté et la taille de l’entreprise ; le maximum atteint 20 mois à partir de 29 ans d’ancienneté. Cette indemnité se cumule avec l’indemnité légale ou conventionnelle ; le juge peut toutefois tenir compte de la part de l’indemnité conventionnelle ou contractuelle qui excède l’indemnité légale. Si le licenciement est nul (discrimination, harcèlement, liberté fondamentale, salarié protégé), le barème ne s’applique pas et l’indemnité est au minimum de six mois, sans plafond. Notre calculateur donne une estimation immédiate.Article L.1235-3 du code du travail · Article L.1235-3-1 du code du travailExpertise liée : Licenciement & rupture · Contentieux & urgencesPage dédiée à cette question
Puis-je toucher l'allocation chômage après une rupture conventionnelle ?
Oui, la rupture conventionnelle individuelle ouvre droit à l’allocation d’aide au retour à l’emploi (ARE) (article L.5422-1 du code du travail), sous condition d’avoir travaillé au moins 6 mois (130 jours ou 910 heures) sur les 24 derniers mois, ou 36 mois à partir de 55 ans. Pour un contrat rompu à compter du 1er septembre 2026, la durée maximale d’indemnisation est réduite à 15 mois avant 55 ans et à 20,5 mois à partir de 55 ans en métropole (20 et 30 mois outre-mer, hors Mayotte), en application de la loi n°2026-470 du 11 juin 2026 et de l’avenant n°2 du 10 avril 2026, agréé par arrêté du 19 juin 2026. À partir de 55 ans, une prolongation peut être demandée à France Travail. Le premier versement suit un différé congés payés, un différé spécifique lié à l’indemnité supérieure au minimum légal (150 jours au plus) et un délai d’attente de 7 jours. La démission, à l’inverse, n’ouvre droit à l’allocation que si elle est légitime ou sert un projet de reconversion ou de création d’entreprise attesté par une commission paritaire (article L.5422-1, II).Article L.5422-1 du code du travail · Article L.5422-2 du code du travail · Article L.1237-13 du code du travail · Article L.137-12 du code de la sécurité sociale · Loi n°2026-470 du 11 juin 2026 · Arrêté du 19 juin 2026 (agrément de l'avenant n°2 du 10 avril 2026) · Avenant n°2 du 10 avril 2026 à la convention du 15 novembre 2024 relative à l'assurance chômage · Unédic, conditions pour avoir droit aux allocations chômage · Article 21 du règlement général annexé à la convention du 15 novembre 2024 relative à l'assurance chômage · Article 22 du règlement général annexé à la convention du 15 novembre 2024 relative à l'assurance chômage · Ministère du Travail, rupture conventionnelle et chômage : durées d'indemnisation au 1er septembre 2026Expertise liée : Licenciement & rupturePage dédiée à cette question
Comment se déroule un licenciement pour motif économique ?
Le licenciement économique suppose un motif non personnel, consécutif notamment à des difficultés économiques, des mutations technologiques, une réorganisation nécessaire à la sauvegarde de la compétitivité ou la cessation d’activité. L’employeur doit chercher un reclassement, respecter les critères d’ordre et, selon les seuils, consulter le CSE et mettre en place un PSE. Le salarié peut se voir proposer un contrat de sécurisation professionnelle (CSP), accepté ou refusé sous 21 jours. Délai de contestation devant le conseil de prud’hommes : 12 mois à compter de la notification ou, en cas d’adhésion au CSP, de cette adhésion. La décision de validation ou d’homologation du PSE se conteste devant le tribunal administratif, dans un délai de 2 mois.Article L.1233-3 et suivants du code du travail · Article L.1233-61 et suivants du code du travail (PSE) · Article L.1233-65 du code du travail (CSP) · Article L.1233-67 du code du travail · Article L.1235-7 du code du travail · Article L.1235-7-1 du code du travail (délai 2 mois PSE)Expertise liée : Restructurations & transferts d'entreprisePage dédiée à cette question
Dans quels cas un licenciement est-il nul, et avec quelles conséquences ?
Le licenciement est nul lorsqu’il porte atteinte à une liberté fondamentale ou viole une protection légale : discrimination, harcèlement, grossesse et maternité, dix semaines suivant la naissance pour l’autre parent, congé supplémentaire de naissance, congé de présence parentale et dix semaines suivant son expiration, lanceur d’alerte, exercice du droit de grève, accident du travail ou maladie professionnelle pendant la suspension, salarié protégé sans autorisation. Conséquences fortes : indemnité non plafonnée par le barème Macron, plancher de six mois de salaire, possibilité de demander la réintégration. À défaut de réintégration, le salarié cumule l’indemnité de licenciement, l’indemnité compensatrice de préavis et l’indemnité pour licenciement nul.Article L.1132-4 du code du travail (discrimination) · Article L.1152-3 du code du travail · Article L.1153-4 du code du travail · Article L.1225-4 du code du travail (grossesse) · Article L.1225-4-4 du code du travail · Article L.1235-3-1 du code du travail (plancher 6 mois)Page dédiée à cette question
Qu'est-ce qu'une résiliation judiciaire et en quoi se distingue-t-elle d'une prise d'acte ?
La résiliation judiciaire est une action introduite par le salarié devant le conseil de prud’hommes pour obtenir la rupture du contrat aux torts de l’employeur, sans rompre lui-même. Elle suppose des manquements suffisamment graves pour empêcher la poursuite du contrat (non-paiement de salaires, modification unilatérale d’une importance suffisante, harcèlement). Si le juge fait droit, la rupture produit les effets d’un licenciement sans cause réelle et sérieuse, voire d’un licenciement nul. À la différence de la prise d’acte, le salarié reste en poste pendant l’instance, d’où son intérêt stratégique lorsque le maintien dans l’emploi est encore possible.Cour de cassation, chambre sociale, 20 janvier 1998, n°95-43.350, publié au Bulletin · Cour de cassation, chambre sociale, 12 juin 2014, n°12-29.063, publié au BulletinExpertise liée : Licenciement & rupture · Contentieux & urgencesPage dédiée à cette question
Quelle est la durée du préavis de licenciement et puis-je en être dispensé ?
La durée du préavis varie selon l’ancienneté et la convention collective : 1 mois entre 6 mois et 2 ans d’ancienneté, 2 mois au-delà (minimum légal). La CCN peut prévoir plus, qui s’impose par faveur. Pas de préavis en cas de faute grave ou lourde. La dispense par l’employeur ouvre droit à une indemnité compensatrice égale au salaire qui aurait été perçu. La dispense demandée par le salarié n’ouvre pas droit à indemnité.Article L.1234-1 du code du travail · Article L.1234-5 du code du travail (indemnité compensatrice)Expertise liée : Licenciement & rupturePage dédiée à cette question
Que vaut la mention « pour solde de tout compte » sur le reçu remis à la rupture ?
Le reçu pour solde de tout compte est l’inventaire des sommes versées à la rupture. Signé, il a un effet libératoire pour les sommes mentionnées, seulement après expiration d’un délai de 6 mois depuis la signature. Le salarié peut le dénoncer pendant ce délai, sans avoir à motiver sa dénonciation, par lettre recommandée (article D.1234-8 du code du travail) ; la saisine du conseil de prud’hommes, lorsque l’employeur y est convoqué dans ce délai, vaut également dénonciation, au moins pour les sommes qu’elle réclame. Passé 6 mois, le reçu bloque les réclamations sur les sommes listées, mais pas sur celles omises (heures supplémentaires non payées, primes), ni sur la qualification de la rupture elle-même.Article L.1234-20 du code du travail · Cour de cassation, chambre sociale, 20 février 2019, n°17-27.600, publié au Bulletin (date certaine, point de départ des 6 mois) · Article D.1234-8 du code du travail · Cour de cassation, chambre sociale, 27 mars 2019, n°18-12.461, inéditPage dédiée à cette question
Qu'est-ce qu'une transaction et quel est son effet sur les contestations futures ?
La transaction est un contrat par lequel les parties terminent une contestation née ou en préviennent une à naître par des concessions réciproques. Conclue par écrit après la rupture, elle implique le versement d’une indemnité supplémentaire et la renonciation du salarié à toute action sur le périmètre fixé. Elle fait obstacle à toute action en justice entre les parties ayant le même objet (article 2052 du code civil). Sa portée dépend de sa rédaction (articles 2048 et 2049 du code civil) : une clause générale de renonciation couvre l’ensemble des droits nés de l’exécution et de la rupture du contrat, même non énumérés (Cour de cassation, chambre sociale, 11 janvier 2017, n°15-20.040, publié au Bulletin). Après une rupture conventionnelle, la transaction n’est valable que si elle est conclue après l’homologation (ou, pour un salarié protégé, après la notification de l’autorisation de l’inspecteur du travail) et si elle règle un différend relatif non à la rupture, mais à l’exécution du contrat, sur des éléments non compris dans la convention ; à défaut, elle est nulle (Cour de cassation, chambre sociale, 26 mars 2014, n°12-21.136, publié au Bulletin). Sur le plan fiscal et social, l’indemnité transactionnelle peut être exonérée dans certaines limites, à condition d’être qualifiée d’indemnité de réparation.Article 2044 du code civil · Article 2052 du code civil · Article 2048 du code civil · Article 2049 du code civil · Cour de cassation, chambre sociale, 11 janvier 2017, n°15-20.040, publié au Bulletin · Cour de cassation, chambre sociale, 26 mars 2014, n°12-21.136, publié au Bulletin · Article L.1234-20 du code du travail (articulation avec le reçu pour solde)Page dédiée à cette question
Peut-on rompre un CDD avant son terme ?
Un contrat à durée déterminée (CDD) ne peut être rompu avant son terme qu’en cas d’accord des parties, de faute grave, de force majeure, d’inaptitude constatée par le médecin du travail ou lorsque le salarié justifie d’une embauche en contrat à durée indéterminée ; hors de ces cas, l’auteur de la rupture doit réparer le préjudice causé à l’autre partie. Lorsque l’employeur rompt irrégulièrement, la loi fixe un minimum : des dommages et intérêts au moins égaux aux rémunérations que le salarié aurait perçues jusqu’au terme, sans préjudice de l’indemnité de fin de contrat. Le salarié qui rompt hors des cas légaux doit à l’employeur des dommages et intérêts correspondant au préjudice subi. Ces cas sont d’ordre public : le contrat ne peut en ajouter d’autres au détriment du salarié. Le salarié qui part pour un CDI respecte, sauf accord, un préavis d’un jour par semaine, dans la limite de deux semaines.Article L.1243-1 du code du travail · Article L.1243-2 du code du travail · Article L.1243-3 du code du travail · Article L.1243-4 du code du travail · Article L.1243-8 du code du travail · Article L.1243-10 du code du travail · Article L.1226-4-3 du code du travail · Article L.1226-20 du code du travail · Cour de cassation, chambre sociale, 5 juillet 2017, n°16-17.690, publié au Bulletin · Cour de cassation, chambre sociale, 3 juin 2020, n°18-13.628, publié au BulletinExpertise liée : Contrat de travailPage dédiée à cette question

Vie au travail.

21 questions

Comment faire reconnaître un harcèlement moral au travail ?
Le harcèlement moral est défini comme des agissements répétés ayant pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte aux droits et à la dignité du salarié, d’altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel. La preuve est aménagée : le salarié présente des éléments de fait laissant supposer l’existence d’un harcèlement (écrits, témoignages, certificats médicaux, comparaison avec d’autres salariés). Il appartient alors à l’employeur de prouver que ces agissements ne sont pas constitutifs d’un harcèlement et que ses décisions sont justifiées par des éléments objectifs étrangers à tout harcèlement.Article L.1152-1 du code du travail · Article L.1154-1 du code du travail (charge de la preuve)Expertise liée : Harcèlement & discriminationPage dédiée à cette question
Mon employeur peut-il modifier mon contrat unilatéralement ?
Un changement portant sur un élément essentiel du contrat (rémunération, qualification, durée du travail, lieu de travail lorsque l’affectation sort du secteur géographique initial sans clause de mobilité, ou méconnaît une clause d’exclusivité du lieu) requiert l’accord exprès du salarié. À défaut, le salarié peut refuser sans que cela constitue une faute. Exception : modification proposée pour motif économique par lettre recommandée avec AR mentionnant le délai de réflexion ; le salarié qui ne répond pas dans le délai d’un mois (quinze jours en cas de redressement ou de liquidation judiciaire) est réputé l’avoir acceptée. À distinguer du simple changement des conditions de travail, qui relève du pouvoir de direction de l’employeur et s’impose au salarié sauf abus. Un licenciement consécutif au refus d’une modification est nécessairement fondé sur le motif initial, qu’il faut justifier.Cour de cassation, chambre sociale, 10 juillet 1996, n°93-41.137, publié au Bulletin (arrêt fondateur) · Cour de cassation, chambre sociale, 3 juin 2003, n°01-40.376, publié au Bulletin · Article L.1222-6 du code du travail (motif économique)Expertise liée : Contrat de travailPage dédiée à cette question
Que faire si l'employeur ne paie pas mes heures supplémentaires ?
Saisine du conseil de prud’hommes en paiement, dans un délai de prescription de 3 ans courant de la date habituelle de la paie. À défaut d’accord collectif, les heures sont majorées de 25 % pour les huit premières et de 50 % au-delà. La preuve est partagée : le salarié présente des éléments suffisamment précis (planning, courriels, badge, agendas) ; l’employeur y répond en produisant ses propres éléments. Une provision peut être demandée en référé si l’obligation n’est pas sérieusement contestable. Le défaut de paiement peut aussi caractériser un travail dissimulé si l’employeur a intentionnellement minoré les heures portées sur les bulletins de paie ; l’indemnité forfaitaire de six mois de salaire n’est alors due qu’en cas de rupture de la relation de travail.Article L.3121-27 du code du travail · Article L.3121-28 du code du travail · Article L.3121-33 du code du travail · Article L.3121-36 du code du travail · Article L.3171-4 du code du travail (charge de la preuve) · Article L.3242-1 du code du travail · Article L.3245-1 du code du travail · Article R.1455-7 du code du travail (provision en référé) · Article L.8221-5 du code du travail · Article L.8223-1 du code du travail (travail dissimulé) · Cour de cassation, chambre sociale, 14 novembre 2018, n°17-16.959, publié au Bulletin · Cour de cassation, chambre sociale, formation plénière de chambre, 18 mars 2020, n°18-10.919, publié au Bulletin · Cour de cassation, chambre sociale, 9 juin 2022, n°20-16.992, publié au BulletinExpertise liée : Temps de travail & rémunérationPage dédiée à cette question
Quels sont mes droits en cas d'arrêt maladie ?
Transmettre l’avis d’arrêt à l’employeur dans les 48 heures. Indemnités journalières de la sécurité sociale après délai de carence. Maintien du salaire par l’employeur sous conditions (un an d’ancienneté, justification de l’incapacité dans les 48 heures, prise en charge par la sécurité sociale, soins en France ou dans l’UE ou l’EEE ; non applicable aux salariés travaillant à domicile, saisonniers, intermittents et temporaires ; exclu en cas de fraude avérée aux indemnités journalières dont l’employeur a été informé par la caisse). Protection contre le licenciement non absolue : le salarié peut être licencié pour un motif étranger à son état de santé, y compris la perturbation du fonctionnement de l’entreprise causée par son absence prolongée ou ses absences répétées, lorsqu’elle rend nécessaire son remplacement définitif par l’engagement d’un autre salarié, à une date proche du licenciement ou dans un délai raisonnable après celui-ci (motif strictement contrôlé, sous réserve des clauses conventionnelles de garantie d’emploi, et exclu lorsque l’absence résulte d’un manquement de l’employeur, notamment d’un harcèlement moral).Article L.1226-1 et suivants du code du travail · Article L.321-1 du code de la sécurité sociale · Cour de cassation, chambre sociale, 24 mars 2021, n°19-13.188, publié au Bulletin · Cour de cassation, chambre sociale, 11 octobre 2006, n°04-48.314, publié au Bulletin · Cour de cassation, chambre sociale, 23 janvier 2013, n°11-28.303, inéditPage dédiée à cette question
Qu'est-ce qu'un mi-temps thérapeutique ?
Temps partiel pour motif thérapeutique, prescrit par le médecin traitant et admis par l’assurance maladie, soit à la reprise après un arrêt, soit sans arrêt préalable (maintien au travail). Sa mise en œuvre suppose l’accord de l’employeur, qui doit prendre en considération les préconisations du médecin du travail et motiver par écrit un éventuel refus. Le salarié travaille à temps partiel et perçoit un salaire correspondant aux heures effectivement travaillées, complété par les indemnités journalières. Le salarié en mi-temps thérapeutique acquiert ses congés payés dans les conditions de droit commun : deux jours et demi ouvrables par mois de travail effectif (L.3141-3).Article L.323-3 du code de la sécurité sociale · Article L.433-1 du code de la sécurité sociale (AT-MP) · Article L.4624-6 du code du travail · Article L.3141-3 du code du travailPage dédiée à cette question
Quand la visite médicale de reprise est-elle obligatoire après un arrêt de travail ?
La visite médicale de reprise est obligatoire après un congé de maternité, après une absence pour maladie professionnelle, après une absence d’au moins trente jours pour accident du travail et après une absence d’au moins soixante jours pour maladie ou accident non professionnel ; l’employeur doit la faire organiser le jour de la reprise et au plus tard dans les huit jours. Pour les arrêts de travail délivrés depuis le 15 juin 2026, elle n’est plus requise, sauf demande du médecin du travail, de l’employeur ou du salarié, lorsque le salarié a passé une visite de préreprise dans les trente jours précédant sa reprise et que le médecin du travail y a conclu qu’aucun aménagement n’était nécessaire. Tant que la visite de reprise n’a pas eu lieu, le contrat de travail reste suspendu.Article L.4624-2-3 du code du travail · Article L.4624-2-4 du code du travail · Article R.4624-29 du code du travail · Article R.4624-31 du code du travail · Article R.4624-32 du code du travail · Décret n°2026-503 du 12 juin 2026 · Cour de cassation, chambre sociale, 12 novembre 1997, n°94-40.912, publié au BulletinExpertise liée : Santé au travail & inaptitudePage dédiée à cette question
Suis-je protégé si je dénonce un harcèlement ou une discrimination ?
Oui. Aucun salarié ne peut être sanctionné ou licencié pour avoir relaté ou témoigné, de bonne foi, des agissements de harcèlement ou de discrimination. Tout licenciement prononcé en représailles est nul de plein droit. Le salarié peut demander la réintégration ou une indemnité au moins égale à six mois de salaire, sans plafond du barème Macron. La mauvaise foi suppose la connaissance par le salarié de la fausseté des faits dénoncés ; la simple imprécision n’y suffit pas.Article L.1152-2 du code du travail (harcèlement moral) · Article L.1153-2 du code du travail (harcèlement sexuel) · Article L.1132-3 du code du travail (discrimination) · Cour de cassation, chambre sociale, 7 février 2012, n°10-18.035, publié au BulletinExpertise liée : Harcèlement & discriminationPage dédiée à cette question
Puis-je refuser une mutation imposée par l'employeur ?
Tout dépend de l’existence d’une clause de mobilité. Sans clause, un changement de lieu de travail constitue une modification du contrat requérant l’accord du salarié, sauf mutation dans le même secteur géographique (notion appréciée de manière objective par le juge). Avec une clause licite (zone précise, intérêt légitime, bonne foi de l’employeur), le refus est susceptible de constituer une faute, sauf si la mise en œuvre porte une atteinte disproportionnée à la vie personnelle et familiale.Cour de cassation, chambre sociale, 4 mai 1999, n°97-40.576, publié au Bulletin (secteur géographique) · Cour de cassation, chambre sociale, 14 octobre 2008, n°07-42.352, publié au Bulletin (zone géographique précise) · Cour de cassation, chambre sociale, 14 octobre 2008, n°07-40.523, publié au Bulletin (atteinte disproportionnée) · Article L.1121-1 du code du travailExpertise liée : Télétravail & organisation du travailPage dédiée à cette question
Comment faire reconnaître une discrimination au travail ?
La discrimination est interdite à raison de critères limitativement énumérés (origine, sexe, grossesse, état de santé, handicap, opinion politique, activité syndicale, etc.). La preuve est aménagée : le salarié présente des éléments laissant supposer la discrimination (panel de comparaison, écrits, témoignages), à charge pour l’employeur de démontrer que ses décisions reposent sur des éléments objectifs étrangers à toute discrimination. Prescription 5 ans à compter de la révélation. L’indemnité n’est pas plafonnée par le barème Macron et le licenciement discriminatoire est nul.Article L.1132-1 du code du travail · Article L.1134-1 du code du travail (charge de la preuve) · Article L.1134-5 du code du travail (prescription)Expertise liée : Harcèlement & discriminationPage dédiée à cette question
Quelle est la durée d'une période d'essai et dans quelles conditions peut-elle être rompue ?
Durée maximale en CDI : 2 mois ouvriers/employés, 3 mois agents de maîtrise et techniciens, 4 mois cadres ; renouvellement unique possible si un accord de branche étendu le prévoit, si le contrat le stipule et si le salarié l’accepte expressément. Pendant la période d’essai, chaque partie rompt librement, sous réserve d’un délai de prévenance : 24 h à 1 mois selon la durée de présence si l’employeur rompt ; 48 h si le salarié rompt (24 h avant 8 jours de présence). La rupture reste fautive si discriminatoire ou abusive (motif détourné de l’objet de la période d’essai : l’évaluation des compétences). En CDD : 1 jour par semaine, plafonnée selon la durée.Article L.1221-19 et suivants du code du travail · Article L.1221-21 du code du travail · Article L.1221-23 du code du travail · Article L.1221-25 du code du travail (délai de prévenance) · Article L.1221-26 du code du travail · Article L.1242-10 du code du travail (CDD) · Cour de cassation, chambre sociale, 25 novembre 2009, n°08-43.008, publié au Bulletin (accord exprès au renouvellement)Page dédiée à cette question
Mon employeur peut-il me surveiller (caméras, mails, géolocalisation) ?
Surveillance possible (vidéo, géolocalisation, contrôle messageries, IA) sous strictes conditions : but légitime et proportionné, information préalable individuelle, consultation préalable du CSE dans les entreprises d’au moins cinquante salariés (L.2312-38), conformité RGPD. Une preuve obtenue par un dispositif illicite ou clandestin n’est pas automatiquement écartée: le juge, si on le lui demande, apprécie si sa production est indispensable à l’exercice du droit à la preuve et si l’atteinte portée aux droits du salarié est strictement proportionnée au but poursuivi (Cour de cassation, assemblée plénière, 22 décembre 2023, n°20-20.648, publié au Bulletin ; Cour de cassation, chambre sociale, 25 novembre 2020, n°17-19.523, publié au Bulletin). Les courriels marqués « personnel » relèvent du secret de la correspondance ; les autres sont présumés professionnels. La géolocalisation est interdite hors temps de travail et pour le suivi des représentants du personnel dans l’exercice de leur mandat ; elle ne peut servir au contrôle de la durée du travail que si ce contrôle ne peut être fait par un autre moyen, et jamais lorsque le salarié dispose d’une liberté dans l’organisation de son travail (Cour de cassation, chambre sociale, 3 novembre 2011, n°10-18.036, publié au Bulletin).Article L.1121-1 du code du travail · Article L.1222-4 du code du travail · Article L.2312-38 du code du travail (consultation CSE) · Règlement (UE) 2016/679 du 27 avril 2016 (RGPD) · Cour de cassation, chambre sociale, formation plénière de chambre, 25 novembre 2020, n°17-19.523, publié au Bulletin · Cour de cassation, assemblée plénière, 22 décembre 2023, n°20-20.648, publié au Bulletin · Cour de cassation, chambre sociale, 3 novembre 2011, n°10-18.036, publié au BulletinExpertise liée : Données personnelles & contrôle des salariésPage dédiée à cette question
Comment un salarié fait-il reconnaître la faute inexcusable de son employeur ?

La faute inexcusable est caractérisée lorsque l’employeur avait ou aurait dû avoir conscience du danger auquel le salarié était exposé et n’a pas pris les mesures nécessaires pour l’en préserver. L’assemblée plénière de la Cour de cassation a précisé qu’il suffit que cette faute ait été une cause nécessaire de l’accident, sans qu’elle en soit la cause déterminante, et que la faute de la victime n’exonère pas l’employeur : seule une faute inexcusable de la victime, c’est-à-dire une faute volontaire d’une exceptionnelle gravité, peut réduire la majoration de rente (article L.453-1 du code de la sécurité sociale).

La démarche commence par une demande adressée à la caisse primaire d’assurance maladie, qui met en oeuvre une tentative de règlement amiable entre la victime et l’employeur. À défaut d’accord, le litige est porté devant le tribunal judiciaire spécialement désigné, couramment appelé pôle social, la caisse devant être appelée en déclaration de jugement commun. L’action se prescrit par deux ans à compter du jour de l’accident ou de la cessation du paiement des indemnités journalières ou, en maladie professionnelle, de la date à laquelle la victime est informée par un certificat médical du lien possible entre sa maladie et son activité professionnelle (article L.461-1 du code de la sécurité sociale) ; ce délai est interrompu par l’action pénale engagée pour les mêmes faits comme par l’action en reconnaissance du caractère professionnel de l’accident.

Le bénéfice de la faute inexcusable est de droit lorsque la victime, ou un représentant du personnel au CSE, avait signalé à l’employeur le risque qui s’est matérialisé (article L.4131-4 du code du travail). La faute est par ailleurs présumée pour le salarié en contrat à durée déterminée, le salarié temporaire et le stagiaire victimes d’un accident ou d’une maladie professionnelle alors qu’ils étaient affectés à un poste présentant des risques particuliers pour leur santé ou leur sécurité sans avoir reçu la formation renforcée à la sécurité.

La reconnaissance ouvre d’abord droit à la majoration de la rente, payée par la caisse qui en récupère le capital représentatif auprès de l’employeur. Pour les victimes dont l’état est consolidé avant le 1er novembre 2026, la rente ne répare pas le déficit fonctionnel permanent : celui-ci peut donc être réclamé à l’employeur au titre de l’article L.452-3 (Cour de cassation, assemblée plénière, 20 janvier 2023, n°20-23.673, publié au Bulletin), comme les autres préjudices non couverts par le livre IV : souffrances physiques et morales endurées, préjudice esthétique, préjudice d’agrément, perte ou diminution des possibilités de promotion professionnelle, et préjudice moral des proches en cas de décès. Pour les consolidations à compter du 1er novembre 2026, la rente comprendra une part professionnelle et une part fonctionnelle réparant forfaitairement ce déficit, qui sortira alors du champ de l’article L.452-3 ; ce texte ne visera plus, au titre des souffrances, que celles endurées avant la consolidation (loi n°2025-199 du 28 févr. 2025, article 90, modifié par la loi n°2025-1403 du 30 déc. 2025, article 95 ; décrets n°2026-354 et n°2026-355 du 7 mai 2026, ce dernier fixant l’entrée en vigueur au 1er novembre 2026). L’évaluation de ces préjudices suppose une expertise médicale dont les conclusions servent de base au chiffrage.

Article L.452-1 du code de la sécurité sociale · Article L.452-2 du code de la sécurité sociale · Article L.452-3 du code de la sécurité sociale · Article L.452-4 du code de la sécurité sociale · Article L.434-2 du code de la sécurité sociale · Article L.431-2 du code de la sécurité sociale · Article L.453-1 du code de la sécurité sociale · Article L.461-1 du code de la sécurité sociale · Article L.4131-4 du code du travail · Article L.4154-3 du code du travail · Cour de cassation, assemblée plénière, 24 juin 2005, n°03-30.038, publié au Bulletin · Cour de cassation, assemblée plénière, 20 janvier 2023, n°20-23.673, publié au BulletinExpertise liée : Santé au travail & inaptitudePage dédiée à cette question
Dans quels cas un CDD peut-il être requalifié en CDI ?
Le CDD est dérogatoire : il ne peut être conclu que dans les cas limitativement prévus (remplacement d’un salarié ou d’un chef d’entreprise ou d’exploitation agricole, accroissement temporaire, saisonnier, contrat d’usage, CDD à objet défini, contrats de la politique de l’emploi). Hors de ces cas, en cas de renouvellement irrégulier, ou en l’absence de contrat écrit et signé comportant la définition précise de son motif (article L.1242-12), ou encore lorsqu’il pourvoit durablement un emploi lié à l’activité normale et permanente de l’entreprise, dépasse la durée maximale ou méconnaît le délai de carence, le CDD est requalifié en CDI. La simple transmission tardive du contrat, au-delà de deux jours ouvrables après l’embauche, n’entraîne plus à elle seule la requalification : elle ouvre droit à une indemnité d’au plus un mois de salaire (article L.1245-1). La requalification ouvre droit à une indemnité au moins égale à un mois de salaire, en plus des éventuelles indemnités liées à un licenciement sans cause réelle et sérieuse. Prescription 2 ans pour l’action en requalification, 12 mois pour la contestation de la rupture.Article L.1242-1 et suivants du code du travail · Article L.1242-3 du code du travail · Article L.1242-12 du code du travail · Article L.1242-13 du code du travail · Article L.1245-1 du code du travail (requalification) · Article L.1245-2 du code du travail (indemnité de requalification) · Article L.1471-1 du code du travail · Article L.1242-1 du code du travail · Cour de cassation, chambre sociale, 29 janvier 2020, n°18-15.359, publié au BulletinExpertise liée : Contrat de travailPage dédiée à cette question
Quelles conditions rendent une clause de non-concurrence valable ou nulle ?

La chambre sociale juge depuis les arrêts du 10 juillet 2002 qu’une clause de non-concurrence n’est licite que si elle est indispensable à la protection des intérêts légitimes de l’entreprise, limitée dans le temps et dans l’espace, si elle tient compte des spécificités de l’emploi du salarié et si elle comporte l’obligation pour l’employeur de verser une contrepartie financière, ces conditions étant cumulatives. Le défaut d’une seule suffit à emporter la sanction.

La première est la plus discutée : l’employeur doit justifier d’un risque réel de concurrence, tenant au contact du salarié avec la clientèle ou à sa connaissance de savoir-faire et de données stratégiques. Une clause stipulée dans un emploi sans exposition de ce type est dépourvue de justification. Les deuxième et troisième conditions se combinent : la durée, le périmètre géographique et le champ des activités interdites doivent demeurer proportionnés, de sorte que l’intéressé conserve la possibilité d’exercer une activité conforme à sa formation et à son expérience professionnelle. La quatrième impose une contrepartie financière effective, à laquelle une contrepartie dérisoire ne saurait tenir lieu.

La sanction est la nullité de la clause : l’ancien salarié recouvre sa liberté et l’employeur ne peut plus lui opposer l’interdiction. Le salarié peut demander réparation du préjudice que lui a causé la clause illicite. Depuis 2016, l’existence et l’étendue de ce préjudice relèvent de l’appréciation souveraine des juges du fond : il lui appartient d’en justifier, par exemple par le respect effectif de l’interdiction et par ses effets sur sa recherche d’emploi.

La nullité n’est pas la seule issue possible. Le juge saisi d’une clause même indispensable à la protection des intérêts légitimes de l’entreprise peut, lorsqu’elle ne permet pas au salarié d’exercer une activité conforme à sa formation et à son expérience professionnelle, en restreindre l’application en limitant son effet dans le temps, dans l’espace ou dans ses autres modalités. La Cour de cassation a ainsi approuvé la réduction du champ d’une clause à la seule interdiction de démarcher les clients de l’ancien employeur. Cette faculté de réfaction explique que le contentieux porte souvent moins sur l’existence même de la clause que sur son étendue réelle.

Cour de cassation, chambre sociale, 10 juillet 2002, n°00-45.135, publié au Bulletin · Cour de cassation, chambre sociale, 25 mai 2016, n°14-20.578, publié au Bulletin · Cour de cassation, chambre sociale, 18 septembre 2002, n°00-42.904, publié au BulletinExpertise liée : Contrat de travailPage dédiée à cette question
Quelle est la protection du salarié pendant la grossesse, la maternité ou le congé paternité ?
Protection de la salariée dès que la grossesse est médicalement constatée. Pendant le congé maternité : protection absolue, aucune rupture ne peut y prendre effet ni y être notifiée. Pendant la grossesse, les congés payés pris immédiatement après le congé maternité et les 10 semaines qui suivent : licenciement limité à la faute grave non liée à la grossesse ou à l’impossibilité de maintenir le contrat pour un motif étranger à la grossesse ou à l’accouchement. Autre parent : protection relative, avec les mêmes exceptions, pendant les 10 semaines suivant la naissance. Même protection relative pour le salarié en congé supplémentaire de naissance (enfants nés ou adoptés depuis le 1er janvier 2026, ainsi que ceux nés plus tôt dont la naissance était prévue à compter de cette date). Autres protections relatives : 13 semaines après le décès d’un enfant ; 10 semaines après une interruption spontanée de grossesse tardive ; pendant un congé de présence parentale, y compris pendant les périodes travaillées s’il est fractionné ou pris à temps partiel, et, depuis le 14 juin 2026, pendant les dix semaines qui suivent son expiration (L.1225-4-4, issu de la loi n°2026-492 du 12 juin 2026). Sanction : nullité du licenciement, réintégration possible, indemnité plancher 6 mois.Article L.1225-4 du code du travail · Article L.1225-4-1 du code du travail · Article L.1225-4-2 du code du travail · Article L.1225-4-3 du code du travail · Article L.1225-4-4 du code du travail · Article L.1225-4-5 du code du travailPage dédiée à cette question
Quelles sont les conditions du droit de grève et du droit de retrait ?
Droit de grève : droit constitutionnel exercé par cessation collective et concertée du travail, en appui de revendications professionnelles. En principe, aucun préavis n’est exigé dans le secteur privé ; il en va autrement dans les entreprises privées chargées de la gestion d’un service public, où la grève doit être précédée d’un préavis déposé par un syndicat représentatif cinq jours francs à l’avance (articles L.2512-1 et L.2512-2 du code du travail). Dans les transports terrestres réguliers de voyageurs, certains salariés doivent en outre déclarer leur participation 48 heures à l’avance (article L.1324-7 du code des transports). Le licenciement d’un gréviste est nul, sauf faute lourde personnelle. Droit de retrait : possibilité de quitter le poste face à un danger grave et imminent pour la vie ou la santé, avec alerte immédiate de l’employeur. Le retrait est légitime dès lors que le salarié avait un motif raisonnable de penser que ce danger existait : ni perte de salaire ni sanction, et pas de reprise imposée tant que persiste un danger grave et imminent.Préambule de la Constitution du 27 octobre 1946, alinéa 7 · Article L.2511-1 du code du travail · Article L.2512-1 du code du travail · Article L.2512-2 du code du travail · Article L.1324-7 du code des transports · Article L.4131-1 du code du travail (droit de retrait) · Article L.4131-3 du code du travailPage dédiée à cette question
Comment est défini le harcèlement sexuel et quelle est la procédure de signalement ?
Constitué soit par des propos ou comportements à connotation sexuelle ou sexiste répétés, soit par toute forme de pression grave, même non répétée, exercée pour obtenir un acte de nature sexuelle. Preuve aménagée. L’employeur a une obligation de prévention et doit, à réception d’un signalement, prendre sans délai les mesures propres à faire cesser les agissements, le plus souvent en diligentant une enquête sérieuse et impartiale, que le CSE peut accompagner ; l’absence de toute mesure, notamment de toute enquête, peut caractériser un manquement à l’obligation de sécurité, même si le harcèlement n’est pas établi (solution rendue en matière de harcèlement moral : Cour de cassation, chambre sociale, 27 novembre 2019, n°18-10.551, publié au Bulletin). Sanctions civiles (nullité du licenciement) et pénales (2 ans d’emprisonnement et 30 000 € d’amende, portés à 3 ans et 45 000 € notamment en cas d’abus d’autorité).Article L.1153-1 du code du travail · Article L.1153-5 du code du travail (obligation de prévention) · Article 222-33 du code pénal · Cour de cassation, chambre sociale, formation plénière de chambre, 27 novembre 2019, n°18-10.551, publié au BulletinExpertise liée : Harcèlement & discriminationPage dédiée à cette question
Puis-je obtenir le télétravail, et mon employeur peut-il me l'imposer ou me le retirer ?
Le télétravail repose sur le volontariat. Il est mis en place par un accord collectif ou, à défaut, par une charte de l’employeur ; en leur absence, salarié et employeur formalisent leur accord par tout moyen. Le salarié n’a pas de droit automatique au télétravail, mais l’employeur qui le refuse à un salarié occupant un poste éligible au sens de l’accord ou de la charte doit motiver sa réponse. Il motive aussi, le cas échéant, son refus lorsque la demande émane d’un travailleur handicapé ou d’un salarié aidant d’un enfant, d’un parent ou d’un proche, même en l’absence d’accord ou de charte. Le refus d’un poste en télétravail n’est pas un motif de rupture du contrat. L’employeur ne peut l’imposer qu’en cas de circonstances exceptionnelles, notamment de menace d’épidémie, ou de force majeure. Le retour sur site suit les conditions prévues par l’accord ou la charte. Lorsque le travail à domicile a été convenu dans le contrat, l’employeur ne peut revenir sur cette organisation sans l’accord du salarié.Article L.1222-9 du code du travail · Article L.1222-11 du code du travail · Cour de cassation, chambre sociale, 12 février 2014, n°12-23.051, publié au BulletinExpertise liée : Télétravail & organisation du travailPage dédiée à cette question
Que peut faire un salarié lorsque son travail met sa santé ou sa sécurité en danger ?
L’employeur doit prendre les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des salariés : prévention des risques, information et formation, organisation et moyens adaptés. Le salarié qui constate une situation à risque peut la signaler par écrit à l’employeur et, le cas échéant, aux représentants du personnel. Il peut aussi demander un examen par le médecin du travail; cette demande ne peut motiver aucune sanction. Lorsqu’il a un motif raisonnable de penser qu’une situation présente un danger grave et imminent pour sa vie ou sa santé, il alerte l’employeur et peut se retirer de la situation. En cas de manquement, il peut demander réparation devant le conseil de prud’hommes. Lorsque le dommage est né d’un accident du travail ou d’une maladie professionnelle, cette demande est toutefois irrecevable, même présentée comme un manquement à l’obligation de sécurité : l’indemnisation complémentaire relève du pôle social du tribunal judiciaire, par l’action en reconnaissance de la faute inexcusable (article L.451-1 du code de la sécurité sociale ; Cour de cassation, chambre sociale, 8 juillet 2026, n°24-16.665, publié au Bulletin). L’employeur ne méconnaît toutefois pas son obligation s’il justifie avoir pris toutes les mesures prévues par les articles L.4121-1 et L.4121-2 du code du travail.Article L.4121-1 du code du travail · Article L.4121-2 du code du travail · Article L.4131-1 du code du travail (droit d'alerte et de retrait) · Article R.4624-34 du code du travail (examen à la demande du salarié) · Cour de cassation, chambre sociale, 25 novembre 2015, n°14-24.444, publié au Bulletin · Article L.451-1 du code de la sécurité sociale · Cour de cassation, chambre sociale, 8 juillet 2026, n°24-16.665, publié au BulletinExpertise liée : Santé au travail & inaptitudePage dédiée à cette question
Je deviens mandataire social : que devient mon contrat de travail ?
Un salarié nommé mandataire social (gérant, président, directeur général) peut conserver son contrat de travail s’il continue d’exercer des fonctions techniques distinctes de son mandat, dans un lien de subordination à l’égard de la société. La perception d’une rémunération distincte au titre de l’emploi salarié compte parmi les éléments retenus par les juges pour admettre le cumul (Cour de cassation, chambre sociale, 14 mai 1998, n°97-40.652, publié au Bulletin) : les deux rémunérations gagnent donc à être nettement distinguées. À défaut, et sauf convention contraire, le contrat de travail n’est pas rompu : il est suspendu pendant la durée du mandat et reprend ses effets lorsque le mandat prend fin, par exemple après une révocation. Certaines formes de société posent des règles propres : dans la société anonyme, un salarié ne peut être nommé administrateur que si son contrat correspond à un emploi effectif. Le sort du contrat gagne à être formalisé dès la nomination.Cour de cassation, chambre sociale, 14 mai 1998, n°97-40.652, publié au Bulletin · Cour de cassation, chambre sociale, 14 juin 2005, n°02-47.320, publié au Bulletin · Article L.225-22 du code de commerce (administrateur salarié de SA)Expertise liée : Dirigeants & mandatairesPage dédiée à cette question
Que faire si mon employeur ne me paie pas mon salaire ou le paie en retard ?
En principe, le salaire est payé une fois par mois ; le salarié mensualisé qui le demande perçoit en outre un acompte correspondant, pour une quinzaine, à la moitié de sa rémunération mensuelle. Face à un retard ou à un défaut de paiement, la première étape est une mise en demeure écrite. Si elle reste sans effet, le salarié peut saisir la formation de référé du conseil de prud’hommes, qui peut accorder une provision lorsque l’obligation n’est pas sérieusement contestable. La saisine du conseil de prud’hommes, y compris en référé, donne lieu à une contribution pour l’aide juridique de 50 € (sauf aide juridictionnelle ; la procédure d’injonction de payer, opposition comprise, en est exemptée). L’action en paiement se prescrit par trois ans. Un défaut de paiement assez grave pour empêcher la poursuite du contrat peut justifier une prise d’acte de la rupture ou une demande de résiliation judiciaire, démarches à mesurer avant de s’y engager. Si l’entreprise fait l’objet d’une procédure collective, les sommes dues sont garanties par l’AGS, dans certaines limites.Article L.3242-1 du code du travail (paiement mensuel, acompte) · Article R.1455-7 du code du travail (provision en référé) · Article L.3245-1 du code du travail (prescription) · Article L.3253-6 du code du travail (garantie AGS) · Article 1635 bis Q du code général des impôts · Cour de cassation, chambre sociale, 26 mars 2014, n°12-23.634, publié au Bulletin (prise d'acte) · Cour de cassation, chambre sociale, 12 juin 2014, n°12-29.063, publié au Bulletin (résiliation judiciaire)Expertise liée : Contentieux & urgences · Temps de travail & rémunérationPage dédiée à cette question

Pratique générale.

6 questions

Comment trouver ma convention collective et savoir si elle s'applique ?
L’intitulé de la convention collective doit figurer sur votre bulletin de paie. Elle s’identifie par son IDCC (identifiant numérique, jusqu’à 4 chiffres) ou son intitulé. Texte intégral consultable gratuitement sur KALI / Légifrance. Application si l’employeur entre dans son champ (activité principale réellement exercée, le code NAF n’étant qu’un indice ; périmètre géographique) et qu’il y est lié, par adhésion patronale ou par extension réglementaire qui la rend obligatoire pour toutes les entreprises de la branche.Article R.3243-1 du code du travail · Article L.2261-15 du code du travail (extension) · Article L.2261-2 du code du travail · Cour de cassation, chambre sociale, 2 mars 1993, n°90-40.091, publié au BulletinPage dédiée à cette question
Quelles indemnités au-delà de l'indemnité légale de licenciement ?
L’indemnité légale est un plancher. La convention collective peut prévoir une indemnité conventionnelle plus favorable, qui s’applique alors. En cas de licenciement sans cause réelle et sérieuse, s’ajoute l’indemnité prud’homale du barème Macron ; en cas de nullité, au moins six mois sans plafond. Autres indemnités cumulables selon la situation : préavis, congés payés, travail dissimulé (6 mois), non-respect de la procédure (au plus un mois de salaire, et seulement si le licenciement repose sur une cause réelle et sérieuse), préjudice moral distinct.Article L.1234-9 du code du travail · Article L.1235-2 du code du travail · Article L.1235-3 du code du travail · Article L.1235-3-1 du code du travail · Article L.8223-1 du code du travailPage dédiée à cette question
Comment fonctionne la prescription des actions en droit du travail ?
Délais de rigueur. Exécution du contrat (hors salaires, discrimination et harcèlement) : 2 ans à compter du jour où le salarié a connu ou aurait dû connaître les faits (L.1471-1, alinéa 1). Réparation d’un dommage corporel : 10 ans à compter de la consolidation (article 2226 du code civil), sauf accident du travail ou maladie professionnelle, où seule l’action en faute inexcusable est ouverte contre l’employeur (sauf faute intentionnelle), dans un délai de 2 ans (articles L.451-1 et L.431-2 du code de la sécurité sociale). Contestation de la rupture du contrat (licenciement, prise d’acte) : 12 mois (L.1471-1), sous réserve des actions fondées sur une discrimination ou un harcèlement ; rupture conventionnelle : 12 mois à compter de l’homologation (L.1237-14). Action en paiement de salaires, heures supplémentaires ou primes : 3 ans (L.3245-1). Discrimination (action en réparation) : 5 ans à compter de la révélation de la discrimination (L.1134-5). Harcèlement moral ou sexuel : 5 ans (article 2224 du code civil, L.1471-1 écartant ses propres délais), à compter du jour où le salarié a connu ou aurait dû connaître les faits, et au plus tard de la fin du contrat. Des délais propres existent aussi (reçu pour solde de tout compte : 6 mois ; adhésion au contrat de sécurisation professionnelle : 12 mois à compter de l’adhésion). Passés ces délais, l’action est irrecevable.Article L.1471-1 du code du travail · Article L.1237-14 du code du travail · Article L.3245-1 du code du travail · Article L.1134-5 du code du travail · Article 2224 du code civil · Cour de cassation, chambre sociale, 19 avril 2023, n°21-24.051, publié au Bulletin · Article 2226 du code civil · Article L.451-1 du code de la sécurité sociale · Article L.431-2 du code de la sécurité sociale · Article L.1234-20 du code du travail · Article L.1233-67 du code du travailExpertise liée : Contentieux & urgencesPage dédiée à cette question
Contrepartie de non-concurrence : quel montant, quel versement, quelle renonciation ?

La contrepartie financière a pour objet d’indemniser le salarié qui, après la rupture du contrat, est tenu d’une obligation limitant ses possibilités d’exercer un autre emploi. Cette définition commande tout son régime. Une contrepartie dérisoire équivaut à une absence de contrepartie : la Cour de cassation a approuvé les juges du fond ayant retenu ce caractère pour une somme équivalant à 2,4 mois de salaire en contrepartie d’une interdiction de vingt-quatre mois, eu égard aux restrictions imposées. Aucun barème légal n’existe, mais la proportion entre la gêne subie et l’indemnité reste le critère.

Est nulle la clause qui ne prévoit le versement d’une contrepartie qu’en cas de rupture à l’initiative du salarié. Quant à la stipulation qui minore l’indemnité en cas de licenciement pour faute, elle est réputée non écrite en ses seules dispositions minorantes, la clause survivant pour le reste : la contrepartie reste donc due à son taux plein, y compris après un licenciement pour faute grave, le caractère disciplinaire de la rupture ne privant pas le salarié de son droit.

Le montant ne peut dépendre uniquement de la durée d’exécution du contrat ni le paiement intervenir avant la rupture ; la contrepartie intégrée au salaire mensuel pendant l’exécution du contrat rend la clause nulle. L’employeur ne peut toutefois obtenir la restitution des sommes ainsi versées, qui s’analysent en un complément de salaire et ne sont donc pas dénuées de cause.

La clause par laquelle l’employeur se réserve de renoncer à tout moment au cours de l’exécution de l’interdiction est réputée non écrite, le salarié ne pouvant être laissé dans l’incertitude quant à l’étendue de sa liberté de travailler. En l’absence de disposition conventionnelle ou contractuelle fixant valablement un délai, l’employeur n’est dispensé de verser la contrepartie que s’il libère le salarié au moment du licenciement. Lorsqu’un délai est prévu, la renonciation doit intervenir dans ce délai et, en cas de démission, au plus tard à la date du départ effectif du salarié de l’entreprise (Cour de cassation, chambre sociale, 1er juillet 2026, n°25-10.960, publié au Bulletin). Enfin, l’interdiction n’engage que les parties au contrat et ne peut porter atteinte à la liberté du travail d’un tiers, fût-il le conjoint du salarié. Si l’ancien salarié s’affranchit lui-même de l’interdiction, l’employeur peut demander réparation, et le salarié perd le bénéfice de la contrepartie financière, même après avoir cessé l’activité concurrente (Cour de cassation, chambre sociale, 24 janvier 2024, n°22-20.926, publié au Bulletin).

Cour de cassation, chambre sociale, 15 novembre 2006, n°04-46.721, publié au Bulletin · Cour de cassation, chambre sociale, 27 février 2007, n°05-44.984, publié au Bulletin · Cour de cassation, chambre sociale, 7 mars 2007, n°05-45.511, publié au Bulletin · Cour de cassation, chambre sociale, 8 avril 2010, n°08-43.056, publié au Bulletin · Cour de cassation, chambre sociale, 13 juillet 2010, n°09-41.626, publié au Bulletin · Cour de cassation, chambre sociale, 17 novembre 2010, n°09-42.389, publié au Bulletin · Cour de cassation, chambre sociale, 4 juin 1998, n°95-43.133, publié au Bulletin · Cour de cassation, chambre sociale, 24 janvier 2024, n°22-20.926, publié au Bulletin · Cour de cassation, chambre sociale, 1er juillet 2026, n°25-10.960, publié au BulletinPage dédiée à cette question
Forfait jours invalide : quelles conséquences pour le salarié et l’entreprise ?

Lorsque l’accord collectif ne comporte pas de garanties suffisantes pour protéger la santé et la sécurité du salarié, la convention individuelle de forfait est nulle. Lorsque l’employeur n’applique pas les garanties que l’accord prévoit, elle est privée d’effet. Dans les deux cas, ce n’est pas le contrat de travail qui est annulé, ni la rémunération convenue qui est remise en cause, mais la seule stipulation de forfait qui cesse d’être opposable : le salarié retrouve le droit commun du décompte horaire. Lorsque la convention est privée d’effet, l’employeur peut en revanche obtenir, pour la période concernée, le remboursement des jours de réduction du temps de travail accordés en exécution du forfait, leur paiement étant devenu indu (Cour de cassation, chambre sociale, 6 janvier 2021, n°17-28.234, publié au Bulletin). Si l’accord est seulement muet sur le suivi de la charge de travail, l’employeur peut sécuriser la convention en appliquant les garanties supplétives de l’article L.3121-65 du code du travail : document de contrôle des jours travaillés, vérification de la compatibilité de la charge avec les temps de repos, entretien annuel.

La conséquence principale est un rappel d’heures supplémentaires. La Cour de cassation a jugé que le juge ne peut écarter la demande au motif que le forfait excluait le décompte horaire, mais doit au contraire vérifier l’existence et le nombre des heures accomplies. L’action en paiement du salaire se prescrit par trois ans à compter du jour où celui qui l’exerce a connu ou aurait dû connaître les faits lui permettant de l’exercer, la demande pouvant porter sur les sommes dues au titre des trois dernières années ou, lorsque le contrat est rompu, des trois années précédant la rupture.

Il appartient au salarié de présenter des éléments suffisamment précis quant aux heures non rémunérées qu’il prétend avoir accomplies, afin de permettre à l’employeur, qui assure le contrôle des heures de travail effectuées, d’y répondre utilement en produisant ses propres éléments. Le juge forme ensuite sa conviction au vu de l’ensemble de ces pièces et évalue souverainement l’importance des heures retenues, sans être tenu de préciser le détail de son calcul.

Le rappel ne s’arrête pas aux heures majorées. Les heures accomplies au-delà du contingent annuel ouvrent droit à une contrepartie obligatoire en repos. Le retour au décompte horaire fait par ailleurs réapparaître les durées maximales de travail que le forfait masquait : dix heures par jour, quarante-huit heures au cours d’une même semaine et quarante-quatre heures en moyenne sur douze semaines consécutives, sous réserve des dérogations légales. Leur dépassement, établi par les mêmes pièces que les heures supplémentaires, constitue un manquement distinct. L’enjeu cumulé justifie, du côté de l’entreprise, un audit des accords applicables et des outils de suivi.

Article L.3121-18 du code du travail · Article L.3121-20 du code du travail · Article L.3121-22 du code du travail · Article L.3121-30 du code du travail · Article L.3171-4 du code du travail · Article L.3121-65 du code du travail · Article L.3245-1 du code du travail · Cour de cassation, chambre sociale, 29 juin 2011, n°09-71.107, publié au Bulletin · Cour de cassation, chambre sociale, 17 janvier 2018, n°16-15.124, publié au Bulletin · Cour de cassation, chambre sociale, formation plénière de chambre, 18 mars 2020, n°18-10.919, publié au Bulletin · Cour de cassation, chambre sociale, 6 janvier 2021, n°17-28.234, publié au BulletinExpertise liée : Temps de travail & rémunération · Audits & conformité socialePage dédiée à cette question
L'employeur peut-il demander le remboursement d'une formation lorsque le salarié démissionne ?
Seulement si une clause de dédit-formation valable le prévoit. Elle doit faire l’objet d’une convention particulière conclue avant le début de la formation, précisant la date, la nature et la durée de la formation, son coût réel pour l’employeur, ainsi que le montant et les modalités du remboursement. La clause n’est licite que si la formation entraîne des frais réels au-delà des dépenses imposées par la loi ou la convention collective, si le montant du dédit est proportionné aux frais engagés et si elle ne prive pas le salarié de la faculté de démissionner. À défaut de l’une de ces conditions, l’employeur ne peut obtenir aucun remboursement sur le fondement de la clause. Une telle clause est en outre nulle dans un contrat de professionnalisation (article L.6325-15 du code du travail).Cour de cassation, chambre sociale, 21 mai 2002, n°00-42.909, publié au Bulletin · Cour de cassation, chambre sociale, 4 février 2004, n°01-43.651, publié au Bulletin · Article L.6325-15 du code du travailPage dédiée à cette question

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